top of page

Retour en arrière ou Amishs!

Le sens que je lui donne au mot autosuffisance est bien loin de tout ça! Croyez-moi (ou pas), mais ma famille n'aurait pas pu vivre leur autosuffisance sans leur quartier. Tous les voisins deviennent des ressources et des soutiens essentiels. Pour moi, l’autosuffisance est avant tout collaborative, je parle de groupes connectés, d’écosystèmes humains solidaires, capables non seulement de rebondir après une crise, mais d’éviter les chocs en premier lieu. Aujourd’hui, on parle de robustesse et de résilience.

image.png

Dans une communauté humaine, cela signifie :

image.png
  • Les multiples savoir-faire, ressources et initiatives pour ne pas dépendre d’un seul maillon. Amusant! Ça ressemble beaucoup aux principes de la permaculture en fait!

  • Comme dans les plantes, les interactions entre voisins génèrent de l’information et maintiennent l’équilibre du groupe.

  • De plus, les variations de climat, d’énergie, d’alimentation sont mieux absorbées, ou « digérées », sans effondrement.

A mes yeux, l’autosuffisance ne se pense pas en repli sur soi, mais en maillage de communautés, pour combiner cohésion et spécialisation. Ce sont des bulles robustes, interconnectées, capables de cultiver leur terroir, de partager leurs compétences et d’anticiper ensemble les périls.

 

Des experts comme l'anthropologue Robin Dunbar nous montrent que pour qu’un groupe fonctionne, il faut maintenir une cohésion sociale — ce qui est possible pour des communautés à l’échelle humaine. Cette coopération s’applique dès 150 personnes. A l’échelle d’un réseau de plusieurs centaines ou milliers d’individus, qui permet la spécialisation et une véritable interdépendance de proximités, L’organisation interne sera optimisée par des vies de quartier et d’appartenance de groupe. Ainsi, on pérénisera l’une des condition essentielle d'une autosuffisance viable et durable.

Ok, on parle de regroupement de combien de personne?

Cette notion d'urbanisation à taille humaine est évidemment étudiée. Voyons de plus prêt les caractéristiques de tailles de groupe d’individus qui ressortent de ces études:

 1. Groupe en autonomie partielle : entre 300 et 500 personnes

> Suffisant pour couvrir une base de production alimentaire, artisanat de base, mutualisation de savoir-faire. Cette taille nécessite beaucoup d’importations ou de troc.

> Cela correspond aux chiffres de Rob Hopkins (Transition Towns) et des villes slow (Cittaslow).

 

 2. Communauté partiellement spécialisée : entre 1 000 et 2 000 personnes

> Permet une division des tâches plus fine : quelques professionnels dans chaque domaine, éducation, soins naturels, constructions, etc.

Possibilité de former les jeunes, créer un modèle économique circulaire, assurer une gouvernance locale stable.

Capacité de résilience sans redondance excessive (donc besoin de soutien de l’extérieur possible mais occasionnel).

> Seuil cité dans certains travaux sur les écovillages, zones de résilience (réseaux Permaculture Research Institute, etc.).

 

 3. Communauté résiliente complète : entre 4 000 et 8 000 personnes

> Un tissu économique local complet, des compétences diversifiées : enseignants, soins, agriculteurs, artisans, charpentiers, herboristes, gestion de ressources, etc.

Une rotation des savoir-faire, une culture, une identité

Une autonomie en production ET en maintenance des systèmes

Ce seuil de 4 000 à 8 000 personnes est cohérent avec une micro-biorégion, capable d’être quasi-autosuffisante avec des échanges limités à des biens non-reproductibles localement (métaux, sel, etc.).

> C’est le seuil avancé par plusieurs penseurs en transition systémique, dont Vincent Mignerot, Pablo Servigne ou Arthur Keller (bien qu’ils parlent rarement en chiffres, ces fourchettes circulent dans les cercles de résilience).

image.png

Dans les faits, comment fait-on pour embarquer la population vers ce projet de société? Où, comment mettre en pratique?

image.png
image.png
image.png
image.png

Passer d’un idéal à une mise en œuvre concrète nécessite des points d’ancrage locaux, des structures souples et des liens solides entre les gens. Voici les grandes étapes pour tendre vers une autosuffisance communautaire robuste, avec des exemples inspirants déjà en action au Québec.

Ce qui m’a manqué bien souvent une fois avoir quitté le quartier de mon enfance, c' est le lien social tissé serré qui y était si présent. Et je suis intimement convaincue que cela reste la base saine d’une vie ensemble.

 

 1. Connecter les gens autour d’un projet concret

L’autosuffisance commence par un projet porteur, rassembleur, où chacun peut apporter sa pierre.

Exemples :

Les jardins communautaires et aménagements nourriciers (notamment urbains) qui fleurissent partout sur le territoire: ces lieux deviennent des espaces d’apprentissage, de partage de semences, et de lien intergénérationnel.

Les cuisines solidaires : les citoyens y apprennent à sécher, fermenter ou mettre en conserve les aliments. Cela recrée du lien autour de la transmission et de la résilience alimentaire.

Les frigos communautaires: en plus de lutter contre le gaspillage, ils favorisent l’entraide spontanée et ancrée localement.

 2. Créer une structure souple : communauté de base

Les études anthropologiques (Dunbar, Hill & Boyd) montrent que le groupe social optimal pour l’engagement actif est de 100 à 150 personnes. Ce que l’on peut appeler une communauté de base, un noyau robuste qui permet une base fiable avant de se développer.

Ces groupes doivent être reliés à d’autres groupes similaires, formant des réseaux de pôles locaux interconnectés, cela peut faciliter :

  • la mutualisation d’outils,

  • le partage de surplus,

  • l’entraide inter-pôle en cas de crise.

Exemples :

Les écoquartiers comme La Cité Écologique ou Le Houppier créent déjà ce type de noyaux.

Les réseaux nourriciers comme Réseau Alimentaire de l’Estrie ou forum SAT offrent des modèles d'inter coopération entre OBNL, citoyens et agriculteurs.

On repense également la gouvernance horizontale, tout en tissant des liens forts avec les autres cercles.

 3. S’organiser coopérativement

Pas besoin de réinventer la roue. Les modèles de coopérative, OBNL ou cercle citoyens sont parfaits pour ce type d’organisation souple mais structurée.

Exemples :

Coopérative Les Belles Récoltes (Abitibi) : production maraîchère, ateliers et services partagés.

Les ateliers d’auto-réparation de vélo ou d’objets (Montréal, Rimouski) permettent à chacun d’être utile.

Le Houppier est également un bel exemple d’inclusion et de partage avec son projet de CPE en nature partageant les locaux avec une communauté de personnes âgées partageant leur savoir et avec la communauté associative locale à St François Xavier de Brompton.

Toutes les initiatives encourageant les formations croisées entre parents, retraités, jeunes en service civique amènent le partage de compétences sans hiérarchie imposée.

Dès lors, il est essentiel de valoriser chaque contribution. L’autosuffisance ne veut pas dire tout faire, mais que tout soit fait collectivement.

 4. Documenter ce qu’on produit : micropatrimonialisation

Ce mot un peu savant cache une idée simple : valoriser le vivant local comme un patrimoine à part entière. On intègre là la notion de terroir.

Actions concrètes :

Noter les variétés cultivées, les recettes familiales, les réussites ou échecs d’un jardin.

Identifier les espèces rustiques et les adapter à son sol.

Créer un “livre de bord nourricier” local : météo, sols, semences, échanges, la composition des sols et leurs amendements…

Exemple :

Le projet Terr’eau Fertile en Gaspésie commence à cartographier les savoirs du sol et des jardins vivants en milieu rural.

Il est important de créer une mémoire vivante pour que la communauté ne reparte jamais de zéro.

image.png

 5. Tester, faire évoluer

Chaque territoire a ses propres défis. La clé, c’est de partir de l’existant et d’expérimenter à petite échelle avant d’essaimer. Vive l’agroécologie et la permaculture!

Exemples :

Vivre en ville compile et partage ses savoirs afin que les OBNL puissent en bénéficier.

Les grappes nourricières de Laval et Sherbrooke testent la concertation entre OBNL, élus, agriculteurs et citoyens pour bâtir un maillage alimentaire local.

ÉcoMaris en milieu maritime teste l’autonomie à bord pour en tirer des leçons transférables aux territoires éloignés.

Documentons les avancées, ajustons les modèles, et restons à l’écoute des besoins locaux.

En résumé

Oui, l’autosuffisance, pas à pas, pas en solitaire, mais partagée, est une réponse cohérente à la fois ambitieuse et réaliste. Elle s’intègre complètement au mouvement actuel qui émerge sur notre territoire (notamment). Travaillons ensemble afin de propager cette réponse cohérente de terrain, sourcée, et surtout, qui donne du pouvoir d’agir à chacun.

image.png
bottom of page