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Jardin de pluie ou baissière : comment mieux gérer l’eau de pluie sur son terrain ?

Photo du rédacteur: Cécile Eeckhoudt
Cécile Eeckhoudt
29 août
6 min de lecture

Quand il pleut fortement sur votre terrain, savez-vous réellement où va l’eau ?

Elle descend une pente, longe la maison, traverse la pelouse, s’accumule dans un point bas ou rejoint rapidement un fossé. Parfois, elle emporte avec elle un peu de terre. Ailleurs, elle crée une zone constamment détrempée alors que quelques mètres plus loin, le sol manque d’eau.

Notre premier réflexe est souvent de chercher à évacuer cette eau le plus rapidement possible.

Pourtant, cette eau peut aussi devenir une ressource.

Avant de chercher à nous en débarrasser, nous pouvons commencer par comprendre comment elle arrive, comment elle circule et où elle pourrait être utile.

C’est notamment le rôle de deux aménagements que j’intègre dans certains de mes projets : les baissières et les jardins de pluie.



Tout commence par l’observation du terrain

Installer un jardin de pluie ou creuser une baissière ne devrait jamais être la première étape.

La première étape, c’est d’observer.

Lors d’une pluie importante, un terrain raconte énormément de choses : certains chemins deviennent naturellement des corridors pour l’eau, certaines zones l’accumulent, d’autres la laissent rapidement s’échapper.

La pente du terrain compte évidemment, mais elle n’est pas la seule donnée à regarder.

Il faut également tenir compte de la nature du sol et de sa capacité d’infiltration, des bâtiments et des descentes de gouttières, des surfaces imperméables, des fossés et drains existants, de la végétation, des zones déjà humides, mais aussi de l’utilisation quotidienne du terrain.

Une solution pertinente à un endroit peut être complètement inadaptée quelques mètres plus loin.

En gestion de l’eau comme en permaculture, on commence donc par observer avant d’intervenir.


Pourquoi chercher à ralentir l’eau ?

Lorsqu’une grande quantité d’eau arrive rapidement sur un terrain, elle peut ruisseler sans réellement profiter au sol.

Plus elle prend de la vitesse, plus elle peut également contribuer au déplacement des particules de sol et accentuer certains phénomènes d’érosion.

L’idée n’est donc pas nécessairement de retenir toute l’eau.

Elle consiste plutôt, lorsque les caractéristiques du terrain le permettent, à ralentir son déplacement, mieux la répartir et favoriser son infiltration.

Quelques minutes ou quelques heures supplémentaires passées sur le terrain peuvent changer complètement la manière dont cette eau interagit avec le sol et la végétation.

On passe alors progressivement d’une logique :

« Comment évacuer cette eau ? »

à une autre question :

« Comment pouvons-nous mieux l’intégrer au fonctionnement du terrain ? »

Et c’est précisément là que la baissière et le jardin de pluie deviennent intéressants.


Qu’est-ce qu’une baissière ?

Une baissière — souvent appelée swale en permaculture — est un aménagement réalisé en suivant approximativement les courbes de niveau d’un terrain.

Son rôle principal est de ralentir et répartir les eaux de ruissellement.

Au lieu de laisser l’eau descendre directement la pente, la baissière l’intercepte temporairement et lui donne davantage de temps pour s’infiltrer lorsque les conditions de sol sont favorables.

Elle peut ensuite être associée à des plantations qui bénéficieront de cette présence d’eau.

C’est particulièrement intéressant lorsque l’aménagement du terrain est pensé comme un système : arbres, arbustes, forêt nourricière, zones cultivées ou végétation peuvent être positionnés en tenant compte de la circulation naturelle de l’eau.

Une baissière ne crée pas de l’eau. Elle nous aide à mieux utiliser celle qui traverse déjà le terrain.

AVANT / APRÈS — BAISSIÈRE


Baissière : ralentir le ruissellement, favoriser l’infiltration et transformer l’eau de pluie en ressource pour le terrain.


Et un jardin de pluie, comment fonctionne-t-il ?

Le jardin de pluie répond à une situation différente.

Il s’agit d’une zone végétalisée légèrement décaissée, conçue pour recevoir temporairement une partie des eaux pluviales provenant par exemple d'une toiture ou du ruissellement d'une surface voisine.

L’eau peut s’y accumuler momentanément avant de s’infiltrer progressivement dans le sol, selon les caractéristiques du site.

Mais ce n’est pas simplement une dépression remplie de plantes qui aiment avoir les pieds dans l’eau.

Le choix des végétaux doit notamment tenir compte des variations importantes d’humidité : une zone peut recevoir beaucoup d’eau pendant une pluie puis redevenir nettement plus sèche par la suite.

Bien conçu, le jardin de pluie peut donc remplir plusieurs fonctions simultanément : participer à la gestion des eaux pluviales, végétaliser une zone du terrain, soutenir la biodiversité et devenir un véritable élément paysager.


AVANT / APRÈS — JARDIN DE PLUIE



Jardin de pluie : accueillir temporairement les eaux de ruissellement dans un espace végétalisé conçu pour ralentir leur parcours et favoriser leur infiltration.


Jardin de pluie ou baissière : quelle différence ?

Les deux aménagements travaillent avec l’eau, mais ils ne répondent pas exactement au même besoin.

Une baissière intervient principalement sur le déplacement de l’eau à travers le terrain. Elle cherche à interrompre ou ralentir son parcours dans une pente et à mieux la répartir.

Un jardin de pluie correspond davantage à une zone de réception temporaire de l’eau, où celle-ci est dirigée avant de s’infiltrer progressivement.

On pourrait résumer simplement :

La baissière travaille avec le chemin de l’eau. Le jardin de pluie travaille avec un lieu où l’eau peut temporairement être accueillie.

Et, sur certains terrains, les deux peuvent même faire partie d'un même système.


Attention aux recettes toutes faites

C’est probablement le point le plus important de cet article.

Parce que les baissières sont devenues populaires en permaculture, on voit parfois apparaître une recette très simple :

« Mon terrain est en pente, je vais creuser une baissière. »

Même chose pour les jardins de pluie :

« J’ai un endroit humide, je vais faire un trou et mettre des plantes dedans. »

Je déconseille cette approche.

Modifier la circulation de l’eau signifie que nous pouvons également envoyer davantage d’eau vers un endroit qui n’était pas prévu pour la recevoir.

Une maison, une installation septique, un chemin, un terrain voisin ou une zone déjà saturée doivent évidemment être pris en considération.

La capacité d’infiltration du sol est également déterminante. Une solution pensée pour un sol relativement perméable ne se comportera pas de la même façon dans un sol compacté ou très peu drainant.

Et selon la propriété et l’importance des travaux, les contraintes réglementaires locales peuvent aussi entrer en jeu.

La bonne question n’est donc pas : « Comment construire une baissière ? »

Elle est d’abord :

« Que fait actuellement l’eau sur ce terrain et qu’est-ce que je veux qu’elle fasse demain ? »


L’eau ne devrait pas être pensée séparément du reste du terrain

C’est ici que la gestion de l’eau rejoint directement ma manière de concevoir l’autosuffisance.

Un terrain n’est pas une succession de projets indépendants.

Il y aurait le potager d’un côté. La forêt nourricière ailleurs. La récupération d’eau près de la maison. Un jardin de pluie dans un coin. Quelques arbres à un autre endroit.

Tout cela fonctionne pourtant ensemble.

L’emplacement d’un potager influence ses besoins en irrigation. Les arbres modifient progressivement le sol et l’évaporation. Une toiture concentre des milliers de litres d’eau au même endroit. Une pente détermine naturellement une partie de leur parcours.

Lorsque nous commençons à relier ces éléments, nous ne concevons plus simplement des aménagements : nous concevons un système.

Et c’est précisément ce qui m’intéresse.

Où va réellement l’eau sur votre terrain ?

Vous avez une zone qui reste constamment humide ? Une pente où l’eau descend rapidement ? Des problèmes de ruissellement ? Ou simplement l’envie de mieux utiliser les précipitations reçues par votre propriété ?

Dans le cadre de mes études d’aménagement, j’observe notamment le relief, les sols, la circulation de l’eau, la végétation existante, les bâtiments et les usages du terrain avant de proposer des solutions.

Une baissière ou un jardin de pluie peut en faire partie.

Mais parfois, la meilleure solution sera tout autre.

L’objectif n’est pas d’installer une technique. Il est de trouver celle qui a du sens pour le terrain.


L’autonomie commence aussi par l’eau qui tombe chez nous

Chercher davantage d’autonomie ne signifie pas nécessairement produire toujours plus ou ajouter toujours plus d’équipements.

Cela peut aussi commencer par mieux utiliser les ressources déjà présentes autour de nous.

La pluie en fait partie.

Observer son parcours, ralentir son ruissellement lorsque c’est pertinent, favoriser son infiltration, la récupérer ou l’orienter vers des végétaux capables d’en profiter permet progressivement de construire des terrains plus résilients.

C’est une autre manière de regarder une propriété :

non plus seulement comme un espace à aménager,

mais comme un système vivant dont l’eau est l’un des éléments essentiels.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez commencer une démarche d’autonomie mais vous ne savez pas quelles actions seraient réellement pertinentes chez vous ?

J’ai regroupé 12 actions concrètes pour gagner en autonomie au Québec dans un guide gratuit.

Et si votre réflexion concerne directement l’aménagement de votre propriété :

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Cécile Eeckhoudt
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