Par où commencer son autonomie quand on ne peut pas tout faire ?

Quand on commence à s'intéresser à l'autosuffisance, le problème n'est généralement pas de manquer d'idées.
C'est plutôt l'inverse.
Faire un potager. Installer une serre. Récupérer l'eau de pluie. Réduire sa consommation d'énergie. Faire ses conserves. Apprendre à réparer. Produire une partie de son chauffage. Planter des arbres fruitiers. Élever quelques poules. Fabriquer davantage soi-même...
Très rapidement, la liste devient immense.
Et avec elle arrive parfois cette impression décourageante : il faudrait tout changer pour devenir réellement plus autonome.
Pourtant, ce n'est pas ainsi que je conçois l'autosuffisance.
Nous n'avons pas besoin de transformer notre maison, notre alimentation et notre mode de vie en quelques mois. Nous avons besoin de comprendre progressivement où se trouvent nos principales dépendances et sur lesquelles il est pertinent d'agir en premier.
Car une chose est essentielle à comprendre :
L'autonomie ne commence pas par acheter quelque chose. Elle commence par comprendre de quoi nous dépendons.
Commencer par ses dépendances, pas par les solutions
Nous avons tendance à raisonner en solutions.
« Je voudrais une serre. »
« Je devrais installer des panneaux solaires. »
« J'aimerais avoir des poules. »
« Il me faudrait un système de récupération d'eau. »
Mais avant de chercher une solution, je préfère poser une autre question :
Quel problème cherchons-nous réellement à résoudre ?
Prenons l'alimentation.
Votre priorité peut être de réduire votre facture d'épicerie. Mais elle peut aussi être d'avoir accès à une alimentation de meilleure qualité, de dépendre moins des chaînes d'approvisionnement, de produire certains aliments difficiles à trouver localement ou simplement de retrouver des savoir-faire que vous jugez importants.
Ce ne sont pas exactement les mêmes objectifs.
Et ils ne conduiront probablement pas aux mêmes choix.
Il en va de même pour l'énergie. Cherchez-vous à réduire votre facture ? À pouvoir maintenir certaines fonctions essentielles pendant une panne ? À diminuer votre consommation ? À produire une partie de votre énergie ?
Avant de choisir une technologie, il faut comprendre le besoin auquel elle doit répondre.
C'est pour cette raison que je travaille l'autosuffisance autour de plusieurs besoins essentiels : l'alimentation, l'eau, l'habitat, l'énergie, les savoir-faire et la capacité à prendre soin.
Lorsque nous regardons notre quotidien à travers ces différents besoins, une sorte de carte de nos dépendances commence à apparaître.
Et c'est beaucoup plus utile qu'une liste de choses à acheter.
Tous les projets d'autonomie ne se valent pas
Une fois nos dépendances identifiées, une deuxième erreur est assez fréquente : considérer que toutes les actions permettant de devenir plus autonome ont la même valeur.
Ce n'est pas le cas.
Une action peut être très séduisante et avoir finalement peu d'effet sur votre autonomie réelle.
Une autre, beaucoup plus discrète, peut modifier profondément votre quotidien.
Prenons un exemple très simple.
Si votre famille consomme énormément de tomates, de sauces et de produits transformés à base de tomates pendant l'année, apprendre à les produire puis à les conserver peut devenir particulièrement intéressant.
À l'inverse, cultiver pendant des mois un légume que personne dans la maison n'aime manger ne vous rend pas beaucoup plus autonome. Cela vous donne surtout beaucoup de ce légume.
Même chose pour les équipements.
Une installation coûteuse n'est pas automatiquement synonyme de davantage d'autonomie. Elle peut même créer de nouvelles dépendances : entretien spécialisé, pièces détachées, énergie, consommables ou remplacement de composants.
Avant d'engager du temps et de l'argent dans un projet, j'aime donc regarder plusieurs éléments :
quel besoin essentiel cette action permet-elle de sécuriser ?
quelle dépendance réduit-elle réellement ?
combien coûte-t-elle ?
combien de temps demande-t-elle ?
quelles compétences faut-il acquérir ?
de quelles nouvelles ressources ou infrastructures dépend-elle ?
et surtout : est-elle adaptée à votre réalité ?
L'autosuffisance n'est pas une collection d'équipements.
C'est une recherche de cohérence.

Chercher les premières actions à fort effet de levier
Heureusement, devenir plus autonome ne signifie pas commencer immédiatement par les projets les plus importants.
Certaines petites actions peuvent avoir des effets étonnamment intéressants lorsqu'elles sont bien choisies.
Apprendre à conserver trois aliments que vous achetez régulièrement peut avoir davantage de sens que vouloir transformer immédiatement l'ensemble de votre production.
Observer votre consommation électrique peut permettre d'identifier certaines dépenses énergétiques avant même d'envisager de produire de l'énergie.
Apprendre à multiplier quelques plantes peut progressivement réduire vos achats.
Connaître plusieurs producteurs autour de chez vous peut améliorer votre résilience alimentaire sans produire vous-même chaque aliment.
Constituer quelques réserves utiles peut vous permettre de traverser plus confortablement une panne ou une perturbation temporaire.
Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas la taille de l'action.
C'est le rapport entre l'effort demandé et l'autonomie réellement gagnée.
Une petite action répétée pendant plusieurs années peut devenir un savoir-faire. Ce savoir-faire peut ensuite permettre d'aller plus loin.
C'est ainsi que l'autonomie devient accessible : non pas en essayant de tout maîtriser immédiatement, mais en construisant progressivement des capacités.
Construire un système plutôt qu'accumuler des équipements
C'est probablement l'une des différences les plus importantes entre ma vision de l'autosuffisance et certaines images que l'on peut en avoir.
Je ne cherche pas à accumuler les solutions.
Je cherche à les faire travailler ensemble.
Un potager, seul, est un potager.
Mais lorsqu'il est associé à une récupération d'eau, à un sol vivant capable de mieux retenir cette eau, à du compost produit sur place, à des semences que l'on apprend progressivement à reproduire et à plusieurs techniques de conservation des récoltes, quelque chose de différent commence à apparaître.
Nous ne sommes plus devant une succession d'objets ou d'activités.
Nous construisons un système.
Et ce principe peut s'appliquer à toute la maison.
L'eau récupérée peut servir au jardin. Les résidus végétaux peuvent retourner au sol. Certaines productions estivales peuvent être conservées pour l'hiver. Un aménagement peut contribuer à la fois à produire de la nourriture, créer de l'ombre, favoriser la biodiversité et mieux gérer l'eau.
Plus les fonctions se complètent, plus le système devient intéressant.
C'est aussi une manière de limiter les investissements inutiles.
Avant d'ajouter une nouvelle solution, nous pouvons nous demander : qu'est-ce que j'ai déjà et comment puis-je mieux l'utiliser ?
Cette question est beaucoup moins spectaculaire qu'un nouvel équipement.
Mais elle est souvent beaucoup plus pertinente.

Diversifier plutôt que chercher l'indépendance totale
Il y a également une idée dont je préfère me débarrasser rapidement : celle selon laquelle devenir autonome signifierait ne plus dépendre de personne.
Je ne crois pas que ce soit souhaitable.
Et, dans la plupart des cas, ce n'est simplement pas réaliste.
Nous aurons toujours besoin d'autres personnes : producteurs, artisans, voisins, professionnels, familles, entreprises locales, collectivités.
L'enjeu est ailleurs.
Il consiste à éviter qu'un besoin essentiel repose sur une seule solution, une seule compétence ou une seule source d'approvisionnement.
Prenons encore l'alimentation.
Vous pouvez produire certains légumes, acheter vos céréales à un producteur, échanger des surplus avec un voisin, conserver une partie de vos récoltes et connaître une ferme locale capable de compléter ce que vous ne produisez pas.
Vous dépendez toujours des autres.
Mais votre système est beaucoup plus diversifié.
L'autonomie n'est donc pas nécessairement moins d'interdépendance. Elle peut aussi être une interdépendance mieux choisie, plus locale et plus résiliente.
Avancer par étapes et accepter que son projet évolue
Il y a une autre raison pour laquelle je déconseille de vouloir tout réaliser immédiatement : vous ne savez pas encore exactement ce dont vous aurez besoin dans trois ans.
Et c'est normal.
Votre première année de potager va vous apprendre des choses sur votre terrain.
Votre première saison de conservation va vous montrer ce que votre famille consomme réellement.
Votre premier hiver va peut-être révéler certaines faiblesses énergétiques de votre habitation.
Votre façon de récupérer et d'utiliser l'eau va évoluer avec l'expérience.
Chaque étape produit de l'information.
Cette information permet d'améliorer l'étape suivante.
C'est pourquoi je préfère une démarche progressive :
observer → comprendre → choisir → expérimenter → mesurer → ajuster.
Cette façon d'avancer évite aussi une erreur coûteuse : concevoir dès le départ un système gigantesque sur la base de ce que nous imaginons avoir besoin plutôt que de ce que l'expérience nous montre réellement.
L'autonomie est un apprentissage.
Et un système vivant n'est jamais complètement terminé.
Votre première étape peut être beaucoup plus petite que vous ne le pensez
Si vous avez aujourd'hui dix projets en tête, ne cherchez donc pas nécessairement à savoir comment réaliser les dix.
Commencez plutôt par vous demander :
Quelle dépendance aimerais-je réduire en premier ?
Puis :
Quelle petite action réaliste pourrait commencer à la réduire cette année ?
Cela peut être apprendre une technique de conservation.
Produire quelques aliments particulièrement coûteux.
Installer une première récupération d'eau.
Améliorer son sol.
Identifier les producteurs présents autour de chez soi.
Apprendre à réparer quelque chose que l'on remplaçait jusqu'à présent.
Réduire une consommation avant d'essayer de produire la ressource correspondante.
Une première action n'a pas besoin d'être spectaculaire.
Elle doit simplement vous faire avancer dans la bonne direction.
Et si vous ne savez toujours pas par où commencer ?

C'est précisément pour cela que j'ai créé le guide gratuit « 12 actions concrètes pour tendre vers l'autosuffisance ».
Il ne s'agit pas d'une liste vous demandant de transformer votre vie.
J'y ai regroupé des premières actions permettant de regarder différents aspects de votre autonomie et de choisir celles qui correspondent le mieux à votre situation.
Parce que la meilleure première étape n'est pas forcément celle du voisin.
C'est celle qui répond à vos besoins, votre territoire, vos ressources et votre réalité actuelle.
Et ensuite, une action après l'autre.
C'est beaucoup moins spectaculaire que « devenir autosuffisant en six mois ».
Mais c'est précisément comme cela que l'on construit quelque chose qui peut durer.



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