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Avant d’aménager son terrain : observer avant d’agir

Photo du rédacteur: Cécile Eeckhoudt
Cécile Eeckhoudt
9 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

Quand on achète une propriété ou que l’on décide enfin d’aménager son terrain, les idées arrivent vite.

Un potager ici.Quelques arbres fruitiers là.Une serre.Un poulailler.Une haie.Peut-être une forêt nourricière.

L’envie de commencer est excellente.

Mais avant de sortir la pelle, il existe une étape beaucoup moins spectaculaire et pourtant déterminante :

observer.


Parce qu’un terrain n’est jamais une page blanche.

L’eau y circule déjà. Le soleil s’y déplace. Le vent rencontre des obstacles. Certaines plantes s’y installent spontanément. La neige s’accumule à certains endroits. Des animaux le traversent. Et nous-mêmes, sans vraiment y penser, créons progressivement nos propres chemins et habitudes.

Avant de demander :

« Qu’est-ce que je pourrais installer sur mon terrain ? »

je préfère donc commencer par une autre question :

« Comment fonctionne déjà ce terrain ? »

C’est souvent là que commence un aménagement réellement cohérent.


Pourquoi observer avant d’aménager ?

Parce qu’une grande partie des erreurs d’aménagement ne vient pas nécessairement d’une mauvaise idée.

Elle vient d’une bonne idée installée au mauvais endroit.

Un potager peut être parfaitement conçu et manquer de soleil.

Un arbre fruitier peut être magnifique mais planté dans une zone où l’eau s’accumule régulièrement.

Une serre peut devenir très difficile à utiliser si elle est trop éloignée de la maison.

Une zone constamment humide peut être considérée comme un problème alors qu’elle pourrait devenir une composante intéressante de la gestion de l’eau.

Et une haie plantée sans tenir compte des vents dominants peut ne jamais remplir la fonction qu’on attendait d’elle.

Observer permet donc de prendre des décisions à partir du terrain réel, plutôt qu’à partir du terrain que nous imaginons.

Voici les sept grandes choses que je regarde avant de commencer à concevoir un aménagement.


1. Le soleil : pas seulement « plein soleil » ou « ombre »

Le soleil paraît être l’un des éléments les plus simples à observer.

Pourtant, son comportement change énormément au cours de l’année.

Un endroit baigné de lumière en juin peut être largement ombragé au printemps ou à l’automne. La maison, les bâtiments voisins et les grands arbres créent également des ombres qui évoluent au fil de la journée.

Et toutes les productions n’ont pas les mêmes besoins.

Avant de décider où installer un potager, une serre, des arbres fruitiers ou certains espaces de vie, il est donc utile d’observer :

où le soleil apparaît, combien de temps il reste et comment cette situation évolue au fil des saisons.

Une photographie prise à différentes heures peut déjà révéler beaucoup de choses.

Parce qu’une fois qu’un arbre est planté ou qu’une serre est construite, déplacer le soleil devient légèrement compliqué.



2. L’eau : suivre son chemin avant de chercher à la contrôler

C’est probablement l’une des observations les plus importantes.

Lors d’une forte pluie, sortez regarder votre terrain.

D’où arrive l’eau ?

Où descend-elle rapidement ?

Où ralentit-elle ?

Où s’accumule-t-elle ?

Où quitte-t-elle votre propriété ?

Regardez également les descentes de gouttières, les surfaces imperméables, les chemins, les fossés, les pentes et les points bas.

Une zone humide n’est pas nécessairement un défaut du terrain. Et une pente où l’eau circule rapidement n’appelle pas automatiquement un drainage supplémentaire.

Il faut d’abord comprendre pourquoi l’eau se comporte ainsi.

C’est seulement ensuite que l’on peut réfléchir à sa récupération, son ralentissement, son infiltration ou son orientation.

C’est exactement cette logique qui peut conduire, selon le contexte, à la création d’un jardin de pluie ou d’une baissière.

Avant de modifier le parcours de l’eau, il faut commencer par le regarder.


Une forte pluie révèle rapidement les chemins naturels de l’eau, les points d’accumulation et certaines contraintes invisibles par temps sec.



3. Le relief : quelques centimètres peuvent changer beaucoup de choses

Un terrain qui paraît plat ne l’est pas nécessairement.

Une faible différence de niveau suffit parfois à déterminer où l’eau circule, où elle s’accumule ou quelles zones sèchent rapidement.

Les pentes influencent aussi l’érosion, l’accessibilité, les déplacements, les travaux et l’implantation de certains aménagements.

Lorsque je travaille sur un terrain, je m’intéresse donc aux grands reliefs, mais aussi aux microreliefs.

Points hauts.Points bas.Talus.Cuvettes.Ruptures de pente.

Ces informations deviennent particulièrement importantes lorsqu’on commence à réfléchir à la circulation de l’eau et à l’organisation générale du lieu.

Un aménagement pertinent ne cherche pas forcément à corriger chaque irrégularité.

Il peut aussi s’appuyer sur ce que le relief nous offre déjà.


4. Le sol : regarder avant d’amender

Lorsqu’une personne veut commencer un potager, l’une des premières réactions consiste souvent à acheter du compost, de la terre ou des amendements.

Mais de quoi le sol a-t-il réellement besoin ?

Avant d’ajouter quoi que ce soit, nous pouvons déjà observer énormément d’informations.

Est-il compacté ?

L’eau pénètre-t-elle facilement ?

Est-il plutôt sableux, limoneux ou argileux ?

Certaines zones restent-elles humides longtemps ?

Quelle végétation pousse spontanément ?

Le terrain a-t-il été remblayé ou fortement travaillé auparavant ?

Ces observations ne remplacent pas nécessairement une analyse de sol lorsque celle-ci est pertinente, mais elles permettent déjà d’éviter une approche automatique.

Amender sans connaître son sol revient parfois à administrer un traitement avant d’avoir posé le diagnostic.

L’objectif n’est pas de fabriquer partout un sol identique.

Il est de comprendre ce que nous avons et ce que nous souhaitons y faire.


5. Le vent, le froid… et la neige

Au Québec, observer son terrain seulement entre mai et septembre laisse de côté une énorme quantité d’informations.

L’hiver fait partie de la conception.

Où la neige s’accumule-t-elle ?

Quelles zones sont balayées par le vent ?

Où fond-elle en premier au printemps ?

Où reste-t-elle longtemps ?

Existe-t-il des endroits naturellement protégés par la maison, une haie ou le relief ?

Ces phénomènes créent des microclimats à l’intérieur d’une même propriété.

Deux endroits séparés de quelques dizaines de mètres peuvent donc offrir des conditions très différentes à une plante ou à un aménagement.

La neige elle-même peut devenir un indicateur extrêmement intéressant : ses accumulations permettent parfois de visualiser les mouvements du vent mieux qu’une longue explication théorique.

Un terrain québécois doit aussi être observé lorsqu’il est blanc.


La neige rend visibles certains microclimats du terrain : zones exposées au vent, accumulations et secteurs naturellement protégés.


6. Le vivant déjà présent

C’est une partie que j’aime particulièrement.

Parce que lorsqu’on parle d’aménagement, nous pensons spontanément à ce que nous allons ajouter.

Mais qu’est-ce qui est déjà là ?

Arbres matures, Arbustes, Plantes spontanées, Insectes, Oiseaux, Pollinisateurs, Champignons, Zones refuges...

Certaines plantes peuvent également nous renseigner sur les conditions du milieu : humidité, perturbation, compaction ou autres caractéristiques du site.

L’objectif n’est évidemment pas de considérer chaque plante spontanée comme un diagnostic absolu.

Mais le vivant nous fournit des indices.

Et surtout, un arbre qui a mis trente ans à pousser représente une ressource qu’un nouveau plan d’aménagement ne pourra pas recréer en quelques saisons.

Avant de supprimer, je préfère donc demander :

Quelle fonction cet élément remplit-il déjà ?

Ombre ?Protection contre le vent ?Habitat ?Matière organique ?Intimité ?Régulation de l’eau ?

Parfois il faudra intervenir.

Mais parfois, la meilleure décision d’aménagement consiste simplement à préserver ce qui fonctionne déjà.


7. Vous : comment utilisez-vous réellement le terrain ?

C’est probablement l’élément le plus souvent oublié.

Un terrain peut être techniquement très bien conçu et devenir pénible à utiliser au quotidien.

Imaginez un potager parfaitement exposé mais installé si loin de la maison que vous devez traverser toute la propriété chaque fois que vous souhaitez cueillir quelques fines herbes.

Ou un composteur placé à un endroit tellement peu pratique qu’il finit par être rarement utilisé.

Nos déplacements comptent.

Pendant plusieurs semaines, observez donc également vos propres habitudes.

Par où sortez-vous de la maison ?

Quel chemin empruntez-vous naturellement ?

Où aimez-vous prendre votre café ?

Où jouent les enfants ?

Où passez-vous avec la tondeuse, la brouette ou une remorque ?

Quels endroits fréquentez-vous plusieurs fois par jour ?

Les éléments nécessitant une attention quotidienne ont généralement intérêt à rester accessibles.

C’est l’une des idées fondamentales du zonage en permaculture : organiser l’espace aussi en fonction de la fréquence de nos interactions avec lui.


Faut-il vraiment observer son terrain pendant un an ?

Idéalement, traverser les quatre saisons avec un terrain est extrêmement instructif.

Mais cela ne signifie pas qu’il faut tout arrêter pendant douze mois.

Certaines décisions peuvent être prises rapidement.

D’autres méritent davantage de recul.

L’objectif n’est donc pas :

« Je ne touche absolument à rien pendant un an. »

Il est plutôt :

« Je distingue ce que je sais déjà de ce que j’ai encore besoin d’observer. »

On peut commencer un petit potager tout en étudiant la circulation de l’eau.

Installer quelques aromatiques près de la maison tout en observant les microclimats.

Tester avant de construire définitivement.

Faire évoluer un plan au fur et à mesure que le terrain nous apporte de nouvelles informations.

Cette approche permet de commencer sans figer trop tôt l’ensemble du projet.


Photographiez votre terrain

Voici une habitude extrêmement simple que je recommande.

Prenez régulièrement des photographies depuis les mêmes endroits.

Après une forte pluie.

Pendant une sécheresse.

Après une grosse chute de neige.

Au printemps lors de la fonte.

Le matin.

En milieu de journée.

En soirée.

Quelques mois plus tard, ces photographies deviennent une véritable mémoire du terrain.

Vous pourrez comparer l’ombre, la végétation, l’humidité, la neige et l’évolution générale du lieu.

Un petit dossier de photos peut parfois être beaucoup plus utile qu’une multitude de souvenirs approximatifs.


Faire une carte change complètement notre manière de regarder

Lorsque les observations commencent à s’accumuler, je trouve particulièrement intéressant de les reporter sur un plan.

On peut y faire apparaître progressivement :

les bâtiments, les accès, les pentes, le soleil, les vents, les mouvements de l’eau, les zones humides, les arbres existants, les déplacements, les vues intéressantes, les contraintes, les projets envisagés.

Et quelque chose se produit.

Les projets que nous pensions indépendants commencent à se connecter.

Le futur potager se rapproche peut-être d’une réserve d’eau.

Une haie peut remplir simultanément plusieurs fonctions.

Une zone humide trouve un nouvel usage.

Un chemin peut desservir plusieurs aménagements.

Un arbre existant modifie l’endroit où installer une future zone de culture.

C’est à ce moment-là que nous quittons progressivement une logique de liste de projets pour entrer dans une logique de système.



Un bon plan n’impose pas une idée au terrain

C’est probablement le principe qui résume le mieux ma manière de travailler.

Lorsque je commence une étude d’aménagement, mon objectif n’est pas d’arriver avec une recette toute faite :

« Ici, il faut une forêt nourricière. Là, une baissière. Là-bas, une serre. »

Ces éléments peuvent être pertinents.

Ou pas.

Je cherche d’abord à comprendre le terrain, les personnes qui y vivent et les objectifs qu’elles poursuivent.

Parce que deux propriétés voisines peuvent demander des réponses complètement différentes.

Et deux familles vivant sur le même terrain ne l’utiliseraient probablement pas de la même manière.

La conception commence donc à l’intersection entre le lieu et ceux qui l’habitent.

Vous avez beaucoup d’idées pour votre terrain mais vous ne savez pas dans quel ordre commencer ?

C’est précisément le rôle d’une étude globale.

Observer le terrain permet de déterminer ce qui mérite d’être fait maintenant, ce qui peut attendre et surtout comment les différents projets peuvent fonctionner ensemble plutôt que se contraindre mutuellement.

Potager, forêt nourricière, gestion de l’eau, animaux, plantations, espaces de vie ou projets d’autonomie peuvent alors être intégrés progressivement dans une vision commune.


Observer n’est pas perdre du temps

Lorsqu’on a envie de transformer son terrain, observer peut donner l’impression de retarder l’action.

En réalité, c’est souvent exactement l’inverse.

Observer permet d’éviter de déplacer plus tard ce que nous avons installé trop vite.

D’éviter d’acheter des végétaux inadaptés.

D’éviter de lutter pendant des années contre une caractéristique naturelle du terrain.

Et surtout, cela permet de découvrir des ressources que nous n’avions pas vues.

Un bon aménagement ne commence donc pas nécessairement avec une pelle.

Il commence parfois avec une paire de bottes, quelques photographies et beaucoup de curiosité.

Avant d’aménager votre terrain, prenez le temps de le regarder.

Il a probablement déjà commencé à vous montrer ce dont il a besoin.


Pour aller plus loin

Si vous débutez votre démarche d’autonomie, vous pouvez également consulter :


Et pour commencer concrètement, j’ai regroupé 12 actions pour gagner en autonomie au Québec dans mon guide gratuit.

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