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Dans quel ordre aménager son terrain pour gagner en autonomie ?

Photo du rédacteur: Cécile Eeckhoudt
Cécile Eeckhoudt
5 oct.
8 min de lecture

Potager, eau, arbres, poules, serre… par quoi commencer ?

Quand on commence à imaginer un terrain plus autonome, les projets arrivent souvent tous en même temps.

Un potager. Quelques arbres fruitiers. Des poules. Une serre. Une récupération d’eau de pluie. Une haie nourricière. Du compost. Peut-être, plus tard, une forêt-jardin ou quelques solutions low-tech.

La tentation est alors assez naturelle : commencer par ce qui nous enthousiasme le plus.

On installe le potager là où il reste de la place. On plante quelques fruitiers. Deux ans plus tard, on décide d'ajouter une serre. Puis on réalise que l'eau est loin, que les arbres vont bientôt lui faire de l'ombre ou que le poulailler serait finalement beaucoup plus pratique à proximité du potager.

Aucun de ces projets n'est mauvais en soi.

Le problème apparaît lorsqu'ils ont été pensés séparément.

Car un terrain autonome n'est pas une addition d'équipements.

C'est un système.

Et la vraie question n'est donc pas seulement « par quoi commencer ? », mais plutôt :

Dans quel ordre faut-il réfléchir… et dans quel ordre faut-il agir ?

Les deux ne sont pas nécessairement les mêmes.



Avant d'aménager : comprendre comment le terrain fonctionne

Avant de décider où placer le potager ou la serre, je commence par observer le lieu.

Où passe le soleil au fil des saisons ? D'où viennent les vents dominants ? Où la neige s'accumule-t-elle ? Comment l'eau circule-t-elle après une forte pluie ? Où sont les zones humides et les zones qui sèchent rapidement ? Quels chemins empruntons-nous naturellement entre la maison, le garage et le jardin ?

Il faut également regarder ce qui existe déjà.

La pente. Les arbres matures. Les haies. Les zones d'ombre. Le type de sol. Les bâtiments. Les accès. Les vues que l'on souhaite conserver ou masquer. Les endroits où l'on aime naturellement passer du temps.

Ce sont ces observations qui commencent à dessiner le futur aménagement.

Avant d'ajouter quelque chose au terrain, il faut comprendre ce qu'il raconte déjà.




L'eau : comprendre son chemin avant de décider où la conduire

L'eau fait partie des premières choses que j'observe parce qu'elle traverse pratiquement tout le système.

Une toiture concentre des milliers de litres d'eau au cours d'une saison. Une pente accélère le ruissellement. Une dépression peut retenir temporairement l'eau. Certains sols infiltrent rapidement tandis que d'autres restent saturés.

Plutôt que de chercher systématiquement à évacuer cette eau, on peut parfois la ralentir, la répartir, la stocker ou favoriser son infiltration.

C'est là qu'interviennent, selon les situations, les récupérateurs d'eau, jardins de pluie, baissières ou simplement une implantation plus judicieuse des végétaux.

Et très vite, cette réflexion influence tout le reste.

Si je sais où se trouve l'eau, je peux mieux réfléchir au potager.

Si je comprends son écoulement, je peux choisir les zones adaptées aux arbres et arbustes.

Si je prévois une serre, je peux anticiper sa récupération d'eau.

L'eau n'est donc pas un projet que l'on ajoute au terrain. Elle participe à son organisation.



Dessiner la vision d'ensemble avant de remplir le terrain

À ce stade, je ne cherche toujours pas à tout construire.

Je cherche à savoir où nous voulons aller.

Où pourrait se trouver le potager ?

La serre ?

Les poules ?

Les arbres fruitiers ?

Une haie brise-vent ou nourricière ?

Le compost ?

Les réserves d'eau ?

Les espaces de stockage ?

Les cheminements ?

Et éventuellement les futurs équipements liés à l'énergie ou à d'autres formes d'autonomie ?

Certains de ces projets seront réalisés cette année.

D'autres dans trois ans.

D'autres peut-être jamais.

Ce n'est pas grave.

Le rôle du plan n'est pas de figer le terrain. Il est d'éviter qu'une décision prise aujourd'hui empêche inutilement celle que l'on voudra prendre demain.

On peut penser globalement sans tout réaliser immédiatement.

C'est même souvent la meilleure manière de procéder.



Les arbres : penser loin… et planter tôt

Les arbres occupent une place particulière dans cette chronologie.

Il faut soigneusement réfléchir à leur implantation parce qu'ils vont progressivement modifier le terrain : ombre, vent, humidité, biodiversité, matière organique, production alimentaire…

Mais il ne faut surtout pas attendre que tout le reste soit terminé pour les planter.

Parce qu'un arbre a besoin de temps.

Un potager peut produire dès sa première saison.

Une serre peut être ajoutée dans deux ou trois ans.

Mais un pommier, un poirier, un noisetier, un arbre à noix, une haie nourricière ou les futures strates d'une forêt-jardin ont besoin de plusieurs années pour prendre leur place et atteindre leur potentiel.

Une année pendant laquelle on ne plante pas est aussi une année de croissance que l'on ne récupérera pas.

C'est pourquoi, dès que les grandes orientations du terrain sont suffisamment claires, les arbres, haies et plantations pérennes font souvent partie des premières réalisations que je privilégie.

On plante aujourd'hui ce dont on souhaite profiter dans cinq, dix ou vingt ans.

Cela ne signifie évidemment pas planter au hasard pour aller plus vite.

Il faut anticiper la taille adulte, les ombres futures, les besoins en eau, la proximité des bâtiments, les réseaux, les circulations et les autres espaces de production.

Il ne s'agit donc ni d'attendre trop longtemps, ni de planter trop vite. Il s'agit de décider suffisamment tôt pour laisser ensuite le temps travailler pour nous.


Le potager : commencer rapidement, mais au bon endroit

Le potager est souvent l'un des premiers éléments réellement mis en production.

Et pour cause : il permet d'obtenir des résultats relativement rapidement.

Mais son emplacement mérite davantage de réflexion qu'un simple « il y a de la place ici ».

Il faut considérer l'ensoleillement, le sol, l'accès à l'eau, la pente, les vents, mais également quelque chose que l'on oublie souvent : la fréquence d'utilisation.

Un potager demande de passer régulièrement.

Observer. Récolter. Arroser. Désherber ponctuellement. Attacher. Cueillir quelques aromatiques en préparant le repas.

Un potager magnifique situé au fond du terrain peut devenir étonnamment loin lorsqu'il faut s'y rendre plusieurs fois par jour.

C'est pourquoi je cherche à positionner les productions demandant le plus d'attention relativement près des lieux de vie.

Autour du potager peuvent ensuite prendre place les aromatiques, petits fruits et cultures vivaces.

Progressivement, on ne construit plus seulement un potager.

On construit un système nourricier.


Et les poules ? Pas au fond du terrain par défaut

Même raisonnement pour les poules.

Le réflexe est souvent de placer le poulailler dans un coin disponible, suffisamment éloigné de la maison.

Mais les poules demandent des soins quotidiens.

Et au Québec, le trajet qui paraît parfaitement raisonnable en juillet prend une tout autre saveur un matin de janvier à -20 °C.

Il faut donc réfléchir aux déplacements, à l'accès à l'eau, au stockage de l'alimentation, à la gestion de la litière et à l'utilisation de la matière organique produite.

Surtout, les poules peuvent être mises en relation avec d'autres éléments du terrain.

Certains résidus du jardin peuvent être valorisés.

La litière et les déjections peuvent participer au cycle de fertilité après une gestion appropriée.

Le compost peut alimenter le sol.

Le sol nourrit les cultures.

Les cultures nous nourrissent et produisent à nouveau de la matière organique.

Le poulailler cesse alors d'être une installation isolée. Il devient une pièce du système.


La serre : ne pas forcément l'installer tout de suite, mais lui réserver sa place

La serre est un très bon exemple de la différence entre concevoir maintenant et construire plus tard.

Elle représente un investissement plus important et ses usages peuvent évoluer avec l'expérience du jardinier.

Il n'est donc pas forcément nécessaire de l'installer dès la première année.

En revanche, il est particulièrement intéressant d'avoir anticipé son emplacement.

Orientation, ombres futures, vents, accès à l'eau, proximité du potager, circulation, éventuelle récupération d'eau de toiture : tous ces éléments méritent d'être réfléchis avant qu'un autre aménagement ne vienne occuper le meilleur emplacement.

Une serre installée dans trois ans peut donc parfaitement faire partie du plan aujourd'hui.


Le plus important : chercher les relations entre les éléments

C'est ici que se trouve le cœur de ma manière de concevoir un terrain.

Je ne cherche pas simplement à placer :

une maison + un potager + des arbres + une serre + un poulailler + des réserves d'eau.

Je cherche les relations possibles entre eux.

Toiture → récupération d'eau → serre et potager

Potager → résidus végétaux → compost ou poules

Poules → matière organique → compost → fertilité du sol

Sol vivant → production alimentaire

Arbres → nourriture + ombre + biomasse + biodiversité

Haie → protection contre le vent + habitat + intimité + éventuellement production

Serre → prolongation des saisons + semis + production

Cuisine → matières organiques → compost → sol → nouvelles récoltes

Une même installation peut alors remplir plusieurs fonctions.

Et un déchet produit à un endroit peut devenir une ressource ailleurs.

C'est à ce moment-là que le terrain commence réellement à fonctionner comme un système plutôt que comme une succession de projets.



Alors, dans quel ordre aménager son terrain ?

Il n'existe pas de recette universelle.

Une petite propriété résidentielle, un terrain boisé, une terre en pente ou une propriété riveraine ne demanderont évidemment pas les mêmes décisions.

Mais il existe une logique que j'utilise régulièrement.

D'abord, concevoir

Observer le terrain → comprendre l'eau, le sol et le climat → définir les besoins et les usages → anticiper les circulations et les grandes structures → positionner les différents systèmes → rechercher leurs interactions.

Puis vient la réalisation.

Et là, l'ordre peut être différent.

Ensuite, réaliser progressivement

Une fois la vision suffisamment claire, je privilégie généralement :

la gestion des problèmes structurants → les arbres, haies et vivaces qui ont besoin de temps → les premières zones de production → les systèmes de fertilité et de compostage → les animaux lorsqu'on est prêt à les gérer → les équipements plus importants comme la serre → puis progressivement les autres solutions d'autonomie.

Cet ordre n'est pas rigide.

Il dépend du terrain, des priorités, du budget et du temps disponible.

Mais il permet d'intégrer une donnée fondamentale :

chaque élément possède sa propre temporalité.


Cette réflexion sur l’ordre des interventions n’est pas seulement une question d’organisation. Elle peut aussi éviter d’acheter, déplacer ou refaire certains aménagements quelques années plus tard.



Le temps fait lui aussi partie de la conception

C'est probablement l'un des principes les plus importants.

Un terrain autonome ne se construit pas en un printemps.

Et ce n'est pas un problème.

La première année peut servir à observer, gérer l'eau, planter les premiers arbres et créer un potager.

La suivante peut voir apparaître une haie nourricière, davantage de vivaces ou quelques poules.

Plus tard viendront peut-être la serre, une forêt-jardin, davantage de stockage d'eau ou des solutions low-tech.

Le système gagne progressivement en maturité.

Pendant ce temps, les arbres poussent.

Le sol s'améliore.

Les végétaux s'installent.

Les interactions apparaissent.

Et nous apprenons nous aussi à mieux connaître notre lieu.

L'autonomie n'est pas un équipement que l'on achète. C'est un système que l'on construit dans le temps.



Concevoir aujourd'hui ce que l'on construira demain

Finalement, aménager un terrain pour gagner en autonomie ne consiste pas à déterminer lequel du potager, des poules ou de la serre doit absolument arriver en premier.

Il s'agit plutôt de comprendre comment chacun pourra renforcer les autres.

C'est pour cette raison que je préfère concevoir une vision globale du terrain, puis avancer progressivement en fonction des priorités et des moyens disponibles.

Certaines décisions doivent être prises tôt.

Certaines réalisations doivent commencer rapidement parce qu'elles ont besoin de temps.

D'autres peuvent attendre plusieurs années sans compromettre le système.

Cette distinction permet d'éviter deux écueils opposés : vouloir tout faire immédiatement… ou attendre d'avoir le plan parfait avant de commencer quoi que ce soit.

Observer. Concevoir. Prioriser. Planter ce qui a besoin de temps. Puis construire progressivement.

C'est ainsi que, petit à petit, un terrain cesse d'être simplement un espace autour d'une maison.

Il devient un lieu qui travaille avec nous.


Vous avez un potager, des arbres, une serre, des poules ou plusieurs projets en tête… mais vous ne savez pas dans quel ordre les réaliser ?

C'est précisément l'objectif d'une conception globale : comprendre le fonctionnement du terrain, définir une vision à long terme et transformer ensuite cette vision en étapes réalistes.

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