Vivre autrement: et si nous prenions le meilleur des deux mondes ?

Nous vivons dans un monde qui nous offre un niveau de confort, de technologie et de possibilités que nos grands-parents auraient difficilement imaginé.
Je n’ai aucune envie de renoncer à ces progrès.
Je n’ai pas envie de retourner laver mon linge à la main, de renoncer à la médecine moderne ou de m’éclairer à la bougie.
Mais lorsque je regarde la manière dont vivaient les générations qui nous ont précédés, je vois aussi des choses que nous avons progressivement perdues.
Des savoir-faire.
Une plus grande capacité à réparer, transformer et conserver.
Une connaissance plus directe de ce qui permettait de répondre aux besoins quotidiens.
Et surtout, des relations de proximité qui occupaient une place beaucoup plus importante dans la vie de tous les jours.
On connaissait davantage ses voisins. On échangeait des services. On partageait du matériel. Les compétences des uns complétaient celles des autres.
Tout n’était évidemment pas mieux avant.
Et tout n’est pas mieux aujourd’hui.
Alors peut-être que vivre autrement ne consiste ni à retourner dans le passé, ni à rejeter le présent.
Peut-être s’agit-il de prendre le meilleur des deux pour construire autre chose.

Maison contemporaine avec jardin nourricier et aménagement autosuffisant en Estrie
Nous avons gagné énormément… et perdu certaines capacités
En quelques générations, notre quotidien s’est profondément transformé.
Nous pouvons acheter presque n’importe quel aliment en toute saison. Une panne peut être réglée en commandant une pièce à l’autre bout du monde. Une information est accessible en quelques secondes. Nos maisons sont confortables et nos équipements nous font gagner un temps considérable.
Ce sont de véritables progrès.
Mais cette efficacité repose aussi sur des systèmes extrêmement complexes.
Énergie disponible en permanence, chaînes d’approvisionnement mondialisées, transport sur de longues distances, production spécialisée, objets parfois moins réparables et savoir-faire de plus en plus délégués.
Tant que tout fonctionne, cette dépendance est presque invisible.
Puis une panne, une hausse de prix, une rupture d’approvisionnement ou un événement climatique suffit parfois à nous rappeler une évidence :
nous dépendons de systèmes sur lesquels nous avons très peu de prise.
Nos grands-parents dépendaient eux aussi des autres.
Mais une partie beaucoup plus importante de leurs ressources se trouvait à proximité : dans leur maison, leur jardin, leur village, leur famille ou leur voisinage.
Je crois qu’il y a quelque chose à retrouver là-dedans.
Pas le manque.
La capacité.
Retrouver des savoir-faire sans renoncer au progrès
Lorsque je parle d’autosuffisance, certaines personnes imaginent immédiatement un retour en arrière.
Produire toute sa nourriture. Se chauffer au bois. Fabriquer ses vêtements. Renoncer à la technologie et probablement baratter son beurre avant le petit-déjeuner.
Ce n’est pas ma vision.
Je veux utiliser un congélateur.
Mais je trouve également précieux de savoir conserver certains aliments autrement.
Je veux profiter du réseau électrique.
Mais je trouve pertinent de concevoir des maisons qui ont besoin de moins d’énergie et, lorsque c’est possible, d’être capable d’en produire une partie.
Je n’ai pas besoin de cultiver tout ce que je mange.
Mais savoir produire certains aliments, transformer une récolte ou connaître les producteurs qui m’entourent me donne davantage de possibilités.
L’autosuffisance n’est pas le refus du progrès.
C’est retrouver suffisamment de connaissances et de capacités pour pouvoir davantage choisir nos dépendances.
Utiliser la technologie lorsqu’elle nous sert vraiment
Nous avons parfois tendance à associer automatiquement innovation et complexité.
Pourtant, la meilleure solution n’est pas nécessairement celle qui possède le plus d’électronique, de fonctions ou d’automatismes.
Parfois, une technologie très avancée est exactement ce dont nous avons besoin.
Parfois, une solution simple, robuste, réparable et comprise par son utilisateur répond mieux au besoin.
C’est cette réflexion qui m’intéresse dans l’approche low-tech :
utiliser le niveau de technologie réellement nécessaire.
Pas systématiquement moins de technologie.
Pas davantage pour le simple plaisir d’en ajouter.
La juste technologie.
Celle qui améliore réellement notre vie sans nous rendre inutilement dépendants d’un système que nous ne pouvons ni comprendre, ni entretenir, ni réparer.

Retrouver la valeur de ce que nous savons faire
Il existe une richesse qui n’apparaît sur aucun relevé bancaire : savoir faire quelque chose.
Cultiver quelques légumes.
Conserver une récolte.
Réparer.
Construire.
Coudre.
Cuisiner.
Reconnaître certaines plantes.
Gérer l’eau.
Entretenir un outil.
Transformer une matière première.
Nos grands-parents possédaient souvent davantage de ces compétences parce qu’ils en avaient besoin.
Nous avons pu en abandonner beaucoup parce que notre société nous permettait de les déléguer.
Je ne crois pas qu’il faille toutes les récupérer.
Mais chaque savoir-faire que nous choisissons de retrouver nous donne une possibilité supplémentaire.
Et surtout, ces connaissances n’ont jamais été uniquement individuelles.
Elles se transmettaient.
D’un parent à un enfant.
D’un voisin à l’autre.
D’un artisan à un apprenti.
Un savoir-faire transmis cesse d’être seulement une compétence personnelle. Il devient une ressource collective.

Retrouver le voisin derrière la clôture
C’est probablement l’un des éléments du passé que j’ai le plus envie de voir revenir.
Pas par nostalgie.
Par nécessité humaine.
Nous n’avons jamais eu autant de moyens de communiquer et nous pouvons pourtant vivre à quelques dizaines de pieds les uns des autres sans savoir qui habite derrière la clôture.
Nos grands-parents n’étaient pas autosuffisants parce qu’ils savaient tout faire.
Ils pouvaient aussi compter sur un réseau.
Quelqu’un possédait l’outil.
Un autre savait réparer.
Un autre avait des bras disponibles.
On échangeait une récolte, un service, une connaissance, du temps.
Évidemment, les communautés d’autrefois n’étaient pas parfaites et les relations de proximité pouvaient aussi avoir leurs contraintes.
Il ne s’agit pas de les idéaliser.
Mais nous pouvons retrouver quelque chose de cette proximité sans renoncer à la liberté et à l’ouverture que notre époque nous apporte.
Connaître son voisin.
Partager occasionnellement un équipement.
Échanger des plants.
Donner un coup de main.
Participer à une activité locale.
Transmettre ce que l’on sait.
Demander de l’aide lorsque l’on ne sait pas.
Cela peut sembler insignifiant.
Pourtant, c’est ainsi que se reconstruisent progressivement des communautés capables de faire davantage ensemble.
Être autosuffisant ne signifie pas tout faire soi-même
C’est peut-être là que le mot autosuffisance peut nous induire en erreur.
Aucune personne, aucune famille et aucune propriété ne peut réellement répondre seule à tous ses besoins.
Et ce n’est pas souhaitable.
Je peux produire une partie de mon alimentation et avoir besoin d’un mécanicien.
Mon voisin peut avoir une remorque que je n’utiliserais que deux fois par année.
Une amie peut posséder une compétence que je n’ai pas.
Un producteur local peut faire infiniment mieux que moi quelque chose que je n’ai ni le temps ni l’intérêt de produire.
L’objectif n’est donc pas de supprimer toutes nos dépendances.
Il est de transformer certaines dépendances subies en interdépendances choisies.
Choisir ce que nous voulons faire nous-mêmes.
Choisir ce que nous voulons apprendre.
Choisir ce que nous préférons acheter.
Choisir ce que nous pouvons partager.
Et choisir davantage les personnes et les systèmes dont nous voulons dépendre.
Construire un mode de vie qui n’existe pas encore
Je ne souhaite pas vivre comme mes grands-parents.
Je ne souhaite pas non plus accepter sans questionner toutes les habitudes de notre époque.
Je crois que nous avons la possibilité de construire quelque chose entre les deux.
Un mode de vie qui conserve le confort, les connaissances, la médecine, les communications et les technologies pertinentes de notre époque.
Mais qui retrouve aussi davantage de savoir-faire, de proximité, de réparabilité, de production locale, de sobriété dans l’utilisation des ressources et de liens humains.
Un monde où posséder moins ne signifie pas manquer.
Où savoir faire redevient une richesse.
Où demander de l’aide n’est pas un échec.
Où la technologie reste un outil plutôt qu’une finalité.
Où nous connaissons à nouveau une partie des personnes qui produisent, réparent, cultivent et construisent autour de nous.
Ce modèle n’existe probablement pas sous une forme unique.
Une famille vivant sur dix acres en Estrie ne fera pas les mêmes choix qu’une personne vivant en appartement à Montréal.
Et c’est très bien ainsi.
Vivre autrement n’est pas appliquer une recette.
C’est retrouver suffisamment de prise sur notre quotidien pour construire une manière de vivre adaptée à notre réalité.
Ni revenir en arrière, ni continuer exactement comme avant
À ceux qui considèrent que l'autosuffisance est un mode de vie rétrograde, nous ne pouvons que répondre que le retour en arrière est impossible et que la vie ne cesse d'avancer, y compris l'Homme.
Peut-être avons-nous parfois posé le débat de la mauvaise façon.
Comme s’il fallait choisir entre le progrès et le retour à la terre.
Entre la technologie et les savoir-faire traditionnels.
Entre l’indépendance et la communauté.
Je ne veux choisir aucun de ces extrêmes.
Je veux pouvoir utiliser ce que notre époque fait de mieux sans oublier ce que les générations précédentes avaient appris à faire.
Je veux conserver le progrès sans perdre la capacité.
Retrouver la proximité sans perdre l’ouverture.
Utiliser la technologie sans lui confier systématiquement tous nos besoins.
Produire certaines choses et laisser d’autres personnes en produire d’autres, mieux que moi.
Être davantage autosuffisante tout en étant davantage reliée aux autres.
Parce que vivre autrement ne signifie peut-être pas revenir à ce qui existait avant.
Cela pourrait simplement signifier choisir, ensemble, ce que nous voulons construire après.



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