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Pourquoi j’ai choisi le vivant ?

Photo du rédacteur: Cécile Eeckhoudt
Cécile Eeckhoudt
29 sept.
5 min de lecture

Une histoire de transmission, de rupture et de retour à l’essentiel

Autosuffisance pour l’Avenir n’est pas née d’une idée d’entreprise.

Elle est née bien avant.

Dans un jardin, autour d’une table familiale, au milieu des récoltes que l’on transformait, des fruits que l’on cueillait et de tous ces gestes ordinaires que je ne savais pas encore être extraordinaires.

Il m’a fallu beaucoup d’années, quelques détours et probablement quelques vies professionnelles pour comprendre que ce que je cherchais était là depuis le début.

Dans le vivant.


Photo de famille de Cécile Eeckhoudt (le bébé), fondatrice d’Autosuffisance pour l’Avenir


Héritière d’une autosuffisance familiale

J’ai grandi dans une famille profondément attachée à l’autosuffisance et à la nature.

Chez nous, jardiner, récolter les fruits du verger, transformer les récoltes, conserver les aliments ou pêcher n’étaient pas des activités exceptionnelles.

Cela faisait simplement partie de la vie.

Je me souviens des prunes Reine-Claude cueillies au jardin, de l’odeur des plats préparés par ma mère, des heures passées à transformer les fruits du verger.

Mais avec le recul, je comprends que mes parents nous transmettaient bien davantage que des techniques.

Ils nous apprenaient à faire avec ce que nous avions, à observer, à patienter, à ne pas gaspiller et à partager.

Ils nous apprenaient aussi quelque chose que je n’aurais su formuler à l’époque : nous ne vivons pas à côté de la nature.

Nous en faisons partie.

Le sol nourrit les plantes. Les plantes nourrissent les insectes, les animaux et les humains. Ce que nous prélevons, transformons ou rejetons retourne tôt ou tard dans ces cycles.

Tout est relié.

Ces racines ont façonné ma vision du monde et m’ont transmis des valeurs qui sont toujours les miennes aujourd’hui : l’entraide, la résilience, la sobriété, la transmission et le respect du vivant.

Et pourtant, pendant longtemps, ma vie professionnelle m’a emmenée ailleurs.


Plus de 25 ans dans l’industrie

J’ai travaillé pendant plus de 25 ans dans le domaine de la mécanique et de l’industrie.

J’y ai appris énormément.

Concevoir. Analyser un problème. Gérer un projet. Travailler avec des contraintes techniques, financières et humaines. Chercher une solution lorsqu’un système ne fonctionne pas comme prévu.

Cette culture de l’ingénierie m’accompagne encore aujourd’hui.

Mais au fil des années, une dissonance s’est installée.

Je travaillais dans des environnements où la performance, la rapidité, la productivité et la rentabilité occupaient nécessairement une première place.

Et plus j’avançais, plus je ressentais le besoin de retrouver autre chose : du sens, du concret, du temps et une relation plus directe avec le vivant, un alignement avec mes valeurs.

Ce n’était pas simplement une envie de changer de métier.

C’était la sensation de m’être progressivement éloignée de quelque chose d’essentiel pour moi, de m'être dissociée.

Pendant longtemps, j’ai continué.

Jusqu’au moment où continuer de la même manière n’a simplement plus eu de sens et est devenu une question vitale...



Revenir à ce qui m’animait depuis toujours

Ce changement n’a pas été une révélation soudaine.

Il a plutôt ressemblé à un retour.

J’ai recommencé à regarder sérieusement ce qui avait toujours occupé une place importante dans ma vie : produire une partie de son alimentation, transformer, conserver, comprendre son environnement, apprendre des gestes utiles, travailler avec les écosystèmes plutôt que contre eux et revenir aux besoins fondamentaux, loin des turpitudes du consumérisme.

Et surtout : transmettre.

J’ai compris que je voulais mettre mon expérience et mes compétences au service de quelque chose qui avait du sens pour moi.

Préserver le vivant.

Aider des familles à développer davantage d’autonomie.

Concevoir des lieux capables de répondre à plusieurs de nos besoins fondamentaux.

Transmettre des savoir-faire qui permettent de moins dépendre de systèmes que nous ne maîtrisons pas.

Créer des aménagements dans lesquels l’humain retrouve sa place au sein de l’écosystème, et non au-dessus de lui.

Participer à un avenir plus sain pour les miens et ma communauté.

Petit à petit, toutes les pièces se sont assemblées.


La naissance d’Autosuffisance pour l’Avenir

C’est ainsi qu’est née Autosuffisance pour l’Avenir.

Au départ, il y avait cette volonté de transmettre les savoir-faire que j’avais moi-même reçus et développés.

Puis le projet a grandi.

Aujourd’hui, lorsque je conçois un plan directeur avec un potager, une forêt nourricière, un système de gestion de l’eau, un aménagement écologique ou lorsque j’enseigne une méthode de conservation des aliments, je ne vois pas ces actions comme des éléments séparés.

Elles répondent toutes à la même question :

Comment pouvons-nous mieux répondre à nos besoins fondamentaux tout en respectant les écosystèmes dont nous dépendons ?

C’est là que mon passé industriel et mes racines familiales finissent par se rejoindre.

D’un côté, la capacité à analyser un système, à concevoir, à planifier et à chercher des solutions.

De l’autre, l’observation du vivant, la transmission, la sobriété et cette conviction ancienne que nous devons prendre soin des ressources qui nous permettent de vivre.

Autosuffisance pour l’Avenir est née de cette rencontre.


Mais que signifie vraiment « autosuffisance » ?

Avec le temps, ma définition de l’autosuffisance s’est elle aussi précisée.

Je ne crois pas à une autonomie où chacun devrait produire toute sa nourriture, fabriquer tous ses objets, produire toute son énergie et ne plus avoir besoin de personne.

Ce serait remplacer une dépendance par une autre forme d’enfermement.

Pour moi, gagner en autonomie signifie plutôt retrouver des capacités et des choix.

Savoir produire une partie de son alimentation.

Comprendre comment conserver une récolte.

Pouvoir récupérer et mieux gérer son eau.

Réduire certains besoins énergétiques.

Réparer plutôt que systématiquement remplacer.

Connaître les ressources disponibles autour de soi.

Et savoir aussi ce que l’on préfère confier à quelqu’un d’autre.

Car l’autonomie n’est pas l’isolement.

Nous avons besoin les uns des autres.

Et plus j’avance, plus je crois que la résilience de demain sera autant une affaire de savoir-faire que de liens humains.


Pourquoi le vivant ?

Parce que tout part de là.

Notre nourriture, notre eau, nos matériaux, nos paysages, notre santé et une grande partie des ressources dont nous dépendons reposent sur des systèmes vivants.

Choisir le vivant ne signifie donc pas refuser la technologie ou vouloir revenir à un passé idéalisé.

Je crois profondément à l’innovation.

Mais je crois à une innovation qui se pose d’abord quelques questions simples :

En avons-nous réellement besoin ? Quelles ressources allons-nous utiliser ? Pouvons-nous faire plus simple ? Pouvons-nous réparer ? Quel sera l’impact sur le milieu qui nous accueille ? Et cette solution nous rend-elle réellement plus autonomes ?

C’est notamment ce qui m’attire dans les approches low-tech : utiliser notre intelligence et nos connaissances non pas uniquement pour ajouter de la complexité, mais parfois pour parvenir à faire mieux avec moins.


Choisir le vivant, c’est choisir l’avenir

Je ne prétends pas avoir trouvé un modèle parfait.

Autosuffisance pour l’Avenir est lui-même un projet vivant. Il évolue à mesure que j’apprends, que je rencontre des gens, que j’accompagne des projets et que de nouvelles questions apparaissent.

Mais mon cap, lui, n’a pas changé.

Préserver le vivant. Transmettre des savoir-faire utiles. Développer notre capacité à répondre à nos besoins fondamentaux. Créer davantage de résilience. Et transmettre aux générations suivantes autre chose qu’une liste de problèmes à résoudre.

Lorsque je repense aujourd’hui au jardin de mon enfance, je comprends mieux ce que j’y ai reçu.

Pas seulement des connaissances.

Une façon de regarder le monde.

Et peut-être est-ce finalement cela que j’essaie à mon tour de transmettre avec Autosuffisance pour l’Avenir :

prendre soin du vivant et apprendre à vivre avec lui plutôt qu’à ses dépens.

Parce que le vivant est ce qui nous nourrit.

Et surtout, ce qui nous relie.

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Cécile Eeckhoudt
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