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Fermer son potager pour l’hiver : que faire à l’automne ?

Photo du rédacteur: Cécile Eeckhoudt
Cécile Eeckhoudt
30 sept.
8 min de lecture

Tout arracher, nettoyer, pailler, laisser en place ? Voici comment préparer son potager pour l’hiver sans faire disparaître ce qui peut encore être utile au sol et au vivant.

Les dernières tomates mûrissent difficilement, les courges ont presque toutes été récoltées et les nuits deviennent franchement plus fraîches.

Une question finit alors par arriver :

qu'est-ce que je fais de mon potager maintenant ?

Notre premier réflexe peut être de vouloir tout arracher, tout couper, ramasser la moindre feuille et laisser derrière nous un potager parfaitement « propre » avant l'hiver.

Pourtant, fermer son potager ne signifie pas nécessairement faire le grand ménage.

Une tige sèche peut encore abriter des insectes. Des racines peuvent rester dans le sol et y restituer progressivement de la matière organique. Des feuilles peuvent protéger sa surface. Certaines plantes peuvent continuer à produire malgré les premières nuits froides.

À l'inverse, certains résidus malades ont tout intérêt à quitter le potager et quelques équipements ne devraient vraiment pas passer l'hiver dehors.

Alors, avant de tout arracher, regardons plutôt ce qu'il est utile d'enlever, ce que nous pouvons laisser et ce que nous pouvons déjà préparer pour le printemps.



1. Commencez par récolter… mais pas forcément tout

Fermer le potager ne signifie pas que toutes les cultures doivent disparaître au même moment.

Certaines plantes sont très sensibles au froid alors que d'autres tolèrent des températures beaucoup plus basses.

Tomates, poivrons, concombres, courgettes ou basilic arrivent généralement rapidement à la fin de leur cycle avec les premières nuits froides.

D'autres légumes peuvent rester plus longtemps au jardin : poireaux, choux, carottes, panais ou certaines verdures peuvent notamment supporter davantage de froid selon les conditions et les variétés.

Avant d'arracher une culture, demandez-vous donc :

dois-je vraiment la récolter maintenant ?

L'automne peut encore nous offrir plusieurs semaines de récoltes.

Et si une gelée légère est annoncée, protéger temporairement certaines cultures peut parfois permettre de prolonger un peu la saison.

L'objectif n'est pas de lutter indéfiniment contre l'hiver québécois.

Simplement de ne pas mettre fin au potager avant que le potager lui-même ait terminé.



2.Profitez-en pour récolter vos semences

La fin de saison n'est pas seulement le moment des dernières récoltes alimentaires.

C'est aussi le moment où certaines plantes nous offrent les semences de la saison prochaine.

Si vous avez volontairement laissé monter quelques plants en graines, attendez que les graines ou les capsules aient atteint une maturité suffisante avant de les récolter. Elles pourront ensuite être triées, correctement séchées et conservées dans de bonnes conditions jusqu'aux prochains semis.

Toutes les semences récoltées ne reproduiront cependant pas nécessairement fidèlement la plante que vous avez cultivée. Selon les espèces, les variétés et les possibilités de pollinisation croisée — et notamment avec certaines variétés hybrides — le résultat peut être différent l'année suivante.

Mais apprendre progressivement à produire et conserver une partie de ses propres semences ajoute une dimension particulièrement intéressante au potager :

nous ne récoltons plus seulement notre nourriture. Nous commençons aussi à préparer la prochaine génération de plantes.

Et avant d'arracher un plant monté en graines parce qu'il semble « fini », regardez-le bien.

Il contient peut-être déjà une partie du potager de l'année prochaine.



3. Faut-il arracher tous les plants ?

Non.

Et c'est probablement l'habitude que je questionnerais en premier.

Une plante annuelle saine qui arrive simplement en fin de cycle n'a pas nécessairement besoin d'être arrachée avec toutes ses racines.

Dans certaines situations, nous pouvons couper la plante au niveau du sol et laisser son système racinaire en place.

Pourquoi ?

Parce que ces racines ont créé des passages dans le sol. En se décomposant progressivement, elles participent au cycle de la matière organique et laissent derrière elles des canaux qui peuvent favoriser la circulation de l'eau et de l'air.

Il n'est donc pas toujours nécessaire de retourner la terre simplement pour qu'elle ait l'air propre.

En revanche, ce raisonnement change lorsqu'une plante présente des signes importants de maladie.


4. Plantes malades : ne mélangez pas tout

Toutes les matières végétales ne devraient pas automatiquement suivre le même chemin.

Un plant arrivé sainement en fin de saison peut devenir une ressource : compost, paillis selon le matériau, matière organique laissée sur place...

Mais lorsqu'un plant est fortement atteint par une maladie, mieux vaut identifier le problème avant de décider quoi en faire.

Selon l'organisme responsable, certains résidus infectés laissés au potager peuvent contribuer à maintenir un problème d'une année à l'autre.

C'est particulièrement important si vous avez observé durant la saison des symptômes inhabituels : taches, dépérissement, pourritures ou maladies récurrentes.

Le bon réflexe n'est donc pas “tout composter” ou “ne jamais composter une plante malade”.

C'est :

identifier ce qui s'est passé avant de choisir la destination du résidu.

Et profitez-en pour le noter.

Parce qu'au printemps prochain, il est étonnamment facile d'oublier que les tomates du fond avaient passé une bonne partie du mois d'août à nous envoyer des signaux de détresse.


5. Un potager propre n'est pas nécessairement un sol en bonne santé

Une fois les cultures terminées, nous pouvons être tentés de retrouver une belle terre noire parfaitement dégagée.

Visuellement, c'est satisfaisant.

Écologiquement, ce n'est pas nécessairement l'objectif.

Dans la nature, un sol reste rarement nu très longtemps.

Une couverture végétale ou organique peut limiter l'impact direct des précipitations, protéger la surface du sol et contribuer à limiter l'érosion.

Selon votre situation, cette couverture peut prendre différentes formes :

  • feuilles mortes ;

  • paille ou autre paillis adapté ;

  • résidus végétaux sains ;

  • culture de couverture déjà implantée ;

  • végétation que l'on choisit simplement de maintenir temporairement.

L'objectif n'est pas davantage de recouvrir systématiquement chaque potager d'une énorme épaisseur de matière.

On observe d'abord le sol et la situation, puis on choisit la protection appropriée.

C'est d'ailleurs un principe que j'applique également lorsqu'on prépare une nouvelle zone de culture : le printemps commence en partie avec l'état dans lequel nous avons laissé notre sol plusieurs mois auparavant. C'est un point que j'aborde plus en détail dans [Préparer son futur potager à l'automne : pourquoi commencer maintenant plutôt qu'au printemps]. Ton article existant développe précisément cette logique de couverture et de protection hivernale du futur sol.




6. Et toutes ce

s feuilles mortes ?

Pour moi, les feuilles d'automne sont d'abord une ressource.

Nous avons parfois cette étrange habitude de les mettre dans des sacs avant d'aller acheter quelques mois plus tard de la matière organique destinée au jardin.

Selon leur provenance et leur état, les feuilles peuvent être utilisées pour couvrir certaines zones, alimenter le compost ou constituer une réserve de matière carbonée.

Elles peuvent aussi avoir une fonction écologique.

Une couche de feuilles, des tiges et certains débris végétaux constituent des habitats ou des sites d'hivernage pour différents organismes.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faut laisser chaque feuille tombée exactement là où elle se trouve.

Sur certaines surfaces ou en accumulation excessive, nous aurons d'autres contraintes.

Mais avant de considérer les feuilles comme un déchet à évacuer, posons-nous une question très simple :

où pourraient-elles être utiles ?


7. Ne coupez pas nécessairement toutes les fleurs et les tiges sèches

Même logique autour du potager.

Les fleurs fanées et les tiges sèches donnent parfois l'impression que le jardin a été abandonné.

Mais certaines graines peuvent nourrir des oiseaux et certaines tiges ou matières végétales offrent des refuges à la petite faune et aux insectes pendant la saison froide.

Dans les zones où cela ne pose pas de problème particulier, nous pouvons donc laisser une partie de cette végétation en place jusqu'au printemps.

Cela demande simplement d'accepter une esthétique différente.

Un jardin vivant en hiver n'est pas forcément un jardin parfaitement rangé.

Et personnellement, je trouve cette idée plutôt intéressante.


8. Faut-il mettre du compost ou du fumier à l'automne ?

Voilà un autre réflexe courant :

« Le potager est fini, je vais mettre du compost partout. »

Peut-être.

Mais pas automatiquement.

La quantité et la nature des amendements à apporter dépendent du sol, de ce qui y a été cultivé, de sa fertilité et de ce que vous souhaitez y produire ensuite.

Ajouter de la matière simplement parce que nous sommes en octobre n'est pas une stratégie de fertilisation.

Plus n'est pas toujours mieux.

Si votre potager fonctionne bien, observez-le avant de corriger un problème qui n'existe peut-être pas.

Et si vous avez des interrogations sur votre sol — problèmes récurrents, croissance faible, drainage, structure, fertilité — l'automne peut justement être un bon moment pour prendre du recul et déterminer ce qui mérite réellement d'être amélioré.

C'est la même logique que pour la création d'un potager : comprendre le sol avant d'acheter une succession d'amendements « au cas où ».


9. Pensez aussi à votre système d'eau

Voilà une partie beaucoup moins poétique de la fermeture du potager, mais elle peut éviter quelques mauvaises surprises.

Si vous utilisez des boyaux, raccords, minuteries, filtres, pompes, réservoirs ou un système d'irrigation, vérifiez ce qui doit être vidangé, déconnecté, protégé ou rangé avant le gel.

L'eau qui reste emprisonnée dans certains équipements peut causer des dommages lorsqu'elle gèle.

Profitez-en également pour observer votre installation.

Avez-vous passé tout l'été à déplacer un boyau ?

Votre système d'arrosage était-il pratique ?

Avez-vous manqué d'eau pendant certaines périodes ?

Une partie de l'eau de pluie disponible sur la propriété pourrait-elle être mieux valorisée ?

La fin de saison est un excellent moment pour se poser ces questions parce que nous venons justement de vivre les problèmes.

En mars, notre mémoire sera beaucoup plus indulgente.


10. Nettoyez et rangez ce qui mérite de l'être

Je suis favorable à laisser une certaine place au désordre vivant.

Cela ne veut pas dire laisser les outils rouiller dehors.

Tuteurs, cages à tomates, attaches réutilisables, outils, équipements d'irrigation et autres accessoires peuvent être inspectés avant leur rangement.

Retirez la terre des outils.

Vérifiez leur état.

Réparez ce qui peut l'être.

Mettez de côté ce qui devra être remplacé.

Et lorsque certains équipements ont été en contact avec des plantes malades, un nettoyage adapté avant leur réutilisation peut contribuer à limiter la propagation de problèmes la saison suivante.

Quelques minutes maintenant peuvent éviter de découvrir au printemps une pelle rouillée, trois tuteurs cassés et un raccord d'arrosage fendu par le gel.



11. Avant de fermer la porte, prenez des notes

C'est probablement l'une des actions les plus utiles et les moins pratiquées.

Avant d'oublier votre potager pendant plusieurs mois, photographiez-le et notez ce que vous avez appris.

Qu'est-ce qui a très bien produit ?

Qu'avez-vous planté beaucoup trop serré ?

Qu'est-ce que votre famille a réellement mangé ?

Qu'avez-vous produit en quantité excessive ?

Où manquait-il de soleil ?

Quelle zone séchait trop vite ?

Quelle culture a été particulièrement touchée par les insectes ou les maladies ?

Avez-vous manqué de place ?

Ou, au contraire, avez-vous passé l'été à entretenir une surface beaucoup trop grande ?

Ces informations valent parfois davantage que n'importe quel catalogue de semences.

Votre potager de cette année est la meilleure source d'information pour concevoir celui de l'année prochaine.


Fermer le potager, c'est déjà préparer la prochaine saison

À l'automne, nous n'avons donc pas besoin de transformer le potager en terrain parfaitement vide.

Nous avons surtout besoin de faire quelques choix.

Récolter ce qui doit l'être.

Retirer ce qui peut poser problème.

Conserver ce qui remplit encore une fonction.

Protéger le sol.

Mettre à l'abri les équipements vulnérables au gel.

Observer.

Et prendre quelques notes avant que l'hiver efface les détails de la saison.

Fermer son potager ne signifie pas mettre le vivant sur pause.

Sous les feuilles, dans le sol, dans les tiges laissées en place et jusque dans les graines qui attendront le printemps, les cycles continuent.

Notre travail consiste parfois moins à intervenir qu'à comprendre ce qui peut très bien continuer sans nous.

Et ça aussi, c'est une forme d'autonomie.

Pour aller plus loin

Vous avez déjà un potager ?Profitez de sa fermeture pour noter ce que vous aimeriez améliorer l'année prochaine.

Vous souhaitez plutôt créer votre premier potager au printemps prochain ?→ Préparer son futur potager à l'automne : pourquoi commencer maintenant plutôt qu'au printemps

Et si vous souhaitez réfléchir à l'implantation du potager dans un aménagement plus global — eau, ensoleillement, circulation, sol, forêt nourricière et autres éléments de votre autonomie — nous pouvons également travailler votre terrain dans son ensemble.

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